"À long terme, l’Intelligence Artificielle et la blockchain auront leur place en RDC, mais adaptées à nos réalités" (J. Hilaria, entrepreneur web)

Le rythme effréné de l'innovation technologique ne nous laissera pas le choix. Et il n'y a pas de bouton magique qui nous fera basculer d'un modèle à l'autre, disait un auteur. Lors d'une interview accordée ce lundi 24 mars à Cocorico Média, Joseph Hilaria KOSI, passionné de numérique et entrepreneur web depuis 2015, a affirmé que l’avenir du web en RDC dépendra de plusieurs leviers. Notamment : La connectivité mobile et la fibre optique; L’adoption massive du mobile et la montée des hubs locaux, avec des initiatives comme Kin Spark, LLAB ou KinStartups, qui dynamisent la scène tech et inspirent une nouvelle génération d’innovateur.
Ci-dessous, l'intégralité de l'interview :
Cocorico Média : Pourriez-vous vous présenter et nous parler de votre parcours dans les TIC ?
Joseph Hilaria K. : Je m’appelle Joseph Hilaria KOSI, passionné de numérique et entrepreneur web depuis 2015. En 2019, j’ai cofondé OHELENE, une agence digitale basée à Kinshasa, aux côtés de mon associé Goms MBUNGU. Depuis, nous accompagnons des entreprises locales et internationales dans leur transformation numérique, en tenant compte des réalités technologiques congolaises. Autodidacte, je me suis formé en ligne sur des outils comme WordPress, Python et les frameworks JavaScript. Aujourd’hui, je transmets cette expérience en tant que formateur au Lumumba Lab (LLAB), une initiative qui forme les jeunes Congolais aux compétences numériques essentielles pour le marché local.
Cocorico Média : Qu’est-ce qui vous a motivé à devenir développeur/webmaster et entrepreneur ?
J.H.K : Ce qui m’a poussé, c’est une curiosité naturelle pour le digital et la volonté d’apporter des solutions concrètes aux problèmes locaux. Les échanges au Café Numérique de Kinshasa ont joué un rôle déclencheur : ils m’ont permis de connecter des idées globales à des besoins spécifiquement congolais. Face au manque d’outils adaptés dans l’éducation, la gestion ou le commerce, j’ai vu dans le numérique un levier pour créer de la valeur et générer un impact.
C.M. : Quel a été votre premier projet marquant dans le développement web ou l’entrepreneuriat tech ?
J.H.K : Mon premier projet structurant fut ma contribution au développement de LABES ECCATH, devenu Schoolap, une plateforme éducative soutenue par Pascal KANIK et l’abbé Guy LETA. Ce projet visait à faciliter l’accès à des contenus pédagogiques de qualité en RDC. En parallèle, le premier contrat entrepreneurial majeur de notre agence fut avec EFCFormation, une école locale de comptabilité. Nous avons digitalisé leur processus pédagogique et administratif, ce qui a renforcé notre crédibilité auprès d'autres établissements.
C.M. : Quels sont les principaux défis rencontrés en lançant vos projets tech en RDC ?
J.H.K : Les défis sont multiples, mais trois freins majeurs ressortent :
1. Infrastructures défaillantes : Les coupures d’électricité et la connectivité instable ralentissent les projets et augmentent les coûts.
2. Manque d’accès aux données fiables : L’absence de statistiques publiques actualisées complique le développement de services ciblés, notamment dans l’éducation, la santé ou l’agriculture.
3. Faible ouverture des écosystèmes : Les opérateurs télécoms ne partagent pas leurs API, ce qui freine la création de solutions innovantes. De plus, la collaboration entre jeunes entrepreneurs reste insuffisante, alors qu’elle est essentielle pour mutualiser les compétences et les ressources.
Heureusement, des alternatives se développent : l’énergie solaire, les partenariats régionaux et la montée des hubs tech locaux nous permettent de progresser malgré les contraintes.
C.M. : Selon vous, quelles sont les tendances actuelles en développement web et TIC ?
J.H.K : À l’échelle mondiale, l’intelligence artificielle, le Web3 et la 5G sont des tendances fortes. Mais en RDC, les priorités sont différentes :
- Applications offline-first : En réponse aux problèmes de connectivité, les apps capables de fonctionner hors ligne (comme Schoolap) sont essentielles.
- Fintech & mobile money : L’usage massif de services comme Orange Money ou Airtel Money transforme les habitudes de paiement.
- Éco-conception numérique : Dans un contexte énergétique fragile, l’optimisation des performances et la sobriété numérique deviennent incontournables.
- Digitalisation de base : Une grande partie des PME congolaises n’a pas encore de site web ou de système de gestion. Le besoin reste fondamental avant d’envisager des solutions avancées.
C.M. : Comment voyez-vous l’évolution du web en RDC dans les prochaines années ?
J.H.K : L’avenir du web en RDC dépendra de plusieurs leviers :
- La connectivité mobile et la fibre optique : Leur démocratisation permettra l’émergence de services plus stables et compétitifs.
- L’adoption massive du mobile : Environ 85 % des Congolais accèdent à Internet via leur téléphone. Le mobile-first et les Progressive Web Apps (PWA) s’imposeront.
- La montée des hubs locaux : Des initiatives comme Kin Spark, LLAB ou KinStartups dynamisent la scène tech et inspirent une nouvelle génération d’innovateurs.
- L’IA et la blockchain : À long terme, elles auront leur place, mais adaptées à nos réalités, par exemple pour la traçabilité des minerais ou l’optimisation de la chaîne d’approvisionnement agricole.
C.M. : Quel conseil donneriez-vous à un jeune qui veut se lancer dans la tech en RDC ?
J.H.K :
- Commencez par un besoin local : Créez une solution simple mais utile, comme une app pour gérer les stocks dans une boutique ou une plateforme de tutorat.
- Formez-vous en continu : Les ressources gratuites sont nombreuses (YouTube, OpenClassrooms, Coursera). N’attendez pas une école, apprenez chaque jour.
- Rejoignez une communauté : LLAB, Café Numérique ou d'autres espaces d'échange peuvent accélérer votre apprentissage.
- Inspirez-vous, mais n’imitez pas : Adapter les tendances mondiales au contexte congolais est plus efficace que de copier des modèles étrangers.
- Soyez endurant : Ce parcours est semé d’obstacles (coupures, isolement, manque de financement), mais chaque défi surmonté vous renforce.
C.M. : Comment suivre votre travail ?
J.H.K : Vous pouvez suivre l’évolution de nos projets sur www.ohelene.services. Nous partageons régulièrement des ressources et des témoignages sur :
- LinkedIn : Joseph Hilaria KOSI et la page OHELENE
- Twitter : @OheleneRDC — pour des astuces, des actualités tech et des outils pour développeurs.
Propos recueillis par Eldad Bwetu