Médiation qatarienne entre Kinshasa et Kigali : "Le Qatar n'a pas d'amis, plutôt des intérêts" (Jo Sekimonyo)

Le choix du Qatar, porté par les deux chefs d'État, à savoir Kagame et Tshisekedi, pour assurer la médiation et garantir la paix dans la région, risque de donner l'impression de "déshabiller Saint Paul pour habiller Saint Pierre". Plusieurs analyses contestent la crédibilité de cette médiation dans un monde fracturé et déshumanisé, dominé par la recherche d’intérêts propres.
Pour Jo Sekimonyo, professeur et analyste en économie et politique, la médiation qatarienne dans le conflit opposant le Rwanda et la République démocratique du Congo ne viserait qu’à protéger les intérêts et les investissements du Qatar dans les deux pays.
« Un pays comme le Qatar n’a pas d’amis, mais plutôt des intérêts. Il s’avère que ce petit pays est parmi les rares à avoir la corde économique et financière autour du cou à la fois de Tshisekedi et de Kagame. Il intervient car le clash entre les deux commence à avoir des effets potentiellement déstabilisateurs, alors qu’il a misé gros sur le Rwanda. En ce moment, Kagame trébuche sur ses propres erreurs. Occuper Goma n’a fait que donner une excuse à des pays comme le Royaume-Uni pour mettre fin à leurs pertes financières dans leurs accords avec Kagame. D’autre part, la Belgique en profite pour remettre Kagame à sa place, lui qui, à leurs yeux, est un Africain qui commence à se prendre trop au sérieux », a déclaré Jo M. Sekimonyo.
Un accord éphémère entre Tshisekedi et Kagame
Djo Sekimonyo estime que l'accord de paix signé entre les deux hommes d'État n’est qu’une affaire de courte durée. Il laisse le libre arbitre aux Congolais pour choisir « entre un bandage, une cure ou un vaccin. Le bandage, c’est le cessez-le-feu, une trêve qui sera bien sûr de courte durée et signifie que Tshisekedi a décidé d’aller à la rescousse de l’économie rwandaise. La cure ? Faire la guerre et la gagner, ou former une nouvelle majorité parlementaire pour donner au M23 une part de la souveraineté du pays. Ou encore, pourquoi ne pas donner aux États-Unis tout ce qu’ils veulent en échange d’une protection militaire ? », a-t-il ajouté.
En somme, à en croire Djo Sekimonyo, la fameuse rencontre Tshisekedi-Kagame à Doha n’a résolu aucun problème conforme aux attentes de la population. Cette rencontre, apparemment pacificatrice, était en réalité un rendez-vous d’affaires pour le Qatar.
B.D